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& Training Seminar for Diplomats

15th -17th March, 1997
Papers
ZONE
DE LIBRE ECHANGE ET PROBLEMES DE STRUCTURAT DES
PAYS DU SUD DE LA MEDITERRANEE
by Professor Moncef BEN SLAMA, University of Tunis.
La
déclaration de Barcelone, tent par son contenu général que par sa
portée régionale, est le cadre englobant à l'intérieur duquel s'insèrent
les accords instaurant une Zone de Libre Echange (Z.L.E) entre les
pays de l'Union Européenne (UK) et les Pays de la Rive Sud de la
Méditerranée (P.S.M). Ces derniers pays comprennent l'Algérie, l'Egypte,
Israël, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Syrie et la Tunisie.
On notera aussi que la stratégie de l'UE comporte aussi des engagements
avec Chypre, Malte, la Turquie, l'Autorité Palestinienne ainsi que
les Etats successeurs de ex-Yugoslavie.
Il
faut dire que l' accord entre la Tunisie et l'UE (Juillet 1995)
constitue, à bien des égards un cas type voire une référence pour
les accords subséquents..
La
déclaration de Barcelone souligne l'importance stratégique pour
la Méditerranée d'une coopération globale et solidaire, avec pour
objectif principal la construction d'une zone de prospérité partagée
et l'obligation, à terme, de réduire les écarts de développement
dans la région Euro-Méditerranéenne.
Pour
ce faire, il est envisagé notamment la mise en place d'une ZLE ce
qui implique la restructuration des economies du nouvel espace,
la mise en oeuvre d'une coopération axée sur la promotion des Investissements
Directs Etrangers (I.D.E) et l'engagement des opérateurs de 1'UE
à la concrétisation d'actions communes dans différents domaines
(programmes de protection de l'environnement, programmes de promotion
des potentials scientifiques et techniques,...) et l'accroissement
substantial de la contribution de 1'UE aux PSM au moyen de dotations
budgétaires communautaires qui s'ajouteraient à l'intervention de
la Banque Europeenne d'Investissement B.E.I) et aux contributions
bilatérales des Etats membres.
En
fait les relations entre 1'UE et les PSM étaient regies jusque là
par des accords de coopération à caractère unilatéral prévoyant
l'entrée en franchise douanière dans 1'UE de la plupart des produits
manufacturés des PSM ainsi qu'un regime tarifaire préférential limité
pour les exportations agricoles de ces pays. Desormais, le nouveau
cadre d' Association entre 1'UE et les PSM porte création d'une
ZLE, sur la base du principe de réciprocité, et ce conformément
à l'adhésion des PSM au GATT et à l'accord de l'Uruguay Round.
Relevons
à ce propos que 1'UE a représenté pour les 25 dernières années pres
de la moitié des importations et des exportations des PSM; avec
une dépendence plus accentuée pour des pays comme la Tunisie: 80%
de ses exportations vers 1'UE, 70% de ses importations et 80% de
ses recettes touristiques proviennent de 1'UE...
I-
CARACTERISTIQUES DE LA ZLE
Sur
la base des accords déjà signés par 1'UE avec des pays comme la
Tunisie, le Maroc, et au délà du cas particulier de l'accord avec
Israël comportant des perspectives de coopération particulières
(par exemple: participation sans droit de vote d' Israël dans les
commissions administrant les projets de recherche et de développement
communautaires) ,on peut relever un certain nombre de dispositions
communes:
*
S'agissant des modalités de circulation des marchandises, il est
prévu notamment:
-
L'élimination des restrictions quantitatives à l'importation dès
l'entrée en vigueur des Accords d' Association .
-
Le démantèlement tarifaire progressif, étalé sur 12 ans, des droits
de douane affectant les biens industrials en provenance de 1'UE
(au départ les biens d'équipement et ultérieurement les biens sensibles)
-
La reconduction voire l'amélioration du regime préférential d'accès
des produits agricoles; avec l'engagement d'examiner dans les 5
ans (pour la Tunisie à partir du 1er Janvier 2000) les mesures de
libéralisation progressive des échanges agricoles (applicables pour
la Tunisie à partir du 1er Janvier 2001)
-
L'engagement de s'abstenir à adopter toute mesure ou pratique de
nature fiscale intérieure à portée discriminatoire ou de pratiques
de dumping sous peine de mesures rétorsives de "protection".
Des
clauses de sauvegarde temporaires (pour une durée de 5 ans) ont
été prévues, en particulier sous forme de droits de douane rétablis
ou majorés -sans excéder 25% ad valorem- pour protéger les industries
naissantes ou éprouvant des difficultés de restructuration entrainant
de graves problèmes sociaux ou pour faire face à de graves problèmes
de balance des paiements.
*
Concernant les mouvements de capitaux, les Accords comportent l'engagement
d'assurer la convertibilité des monnaies pour les paiements relatifs
aux transactions courantes, la libre circulation des capitaux concernant
les IDE, ainsi que la liquidation et le rapatriement du produit
de ces investissements et de tout bénéfice en découlant, sous réserve
d'une clause de sauvegarde applicable dans le cas de graves difficultés
de balance des paiements conformement aux conditions fixées par
le G.A.T.T et aux statuts du F.M.I.
*
Les Accords, couvrent aussi la réglèmentation de la concurrence,
et l'harmonisation des règles techniques et normes relatives à la
qualité ainsi que les procédures de certification.
Ces
Accords soulignent la nécessité d'une coopération axée, de façon
prioritaire, sur les secteurs éprouvant des contraintes et difficultés
d'adaptation à la libéralisation des échanges et ceux générateurs
de croissance et d'emplois.
Pour
ce faire, un accent particulier est mis sur la nécessaire coopération
scientifique et technologique (formation, recherche, transfert technologique,...)
ce qui devrait se traduire par des actions de valorisation des ressources
humaines, un accès aux réseaux d'information, l'établissement de
procédures de co-investissement, la mise au point de facilités de
communication,....
* L'
engagement est pris, en outre, d'appliquer aux travailleurs expatriés,
en situation "légale", un régime caractérisé par labsence
de discrimination fondée sur la nationalité en ce qui concerne les
conditions de travail, de rémunération et de licenciement et de
régime de sécurité sociale (voir par exemple Articles 64; 65 et
69 de l'Accord Tunisie-UE).
II-
IMPACTS ATTENDUS DE LA Z.L.E
La
nouvelle ZLE devrait générer des gains de bien-être dans la mesure
où la libéralisation du commerce entraînera une allocation des ressources
productives dans un sens conforme pour chaque pays à son avantage
comparatif ce qui pourrait favoriser l'afflux des IDE.
i-
La libéralisation progressive des échanges devrait induire un mouvement
de reallocation des facteurs de production (capital, travail, capacités
technologiques et d'organisation) vers les activités (voire les
créneaux) "plus productives".
Ce
qui devrait soutenir la tendance à l'amélioration de la productivité
totale des facteurs, amorcée depuis la mise en oeuvre des Programmes
d'Ajustement Structurels. A cet égard le F.M.I relève bien que l'intensification
de la Concurrence devrait réduire les rentes tirées de situations
de monopoles et inciter davantage à accroître l'efficience "
(cf Bulletin du FMI du 1113/96).
L'orientation
dans le sens de l'outward looking strategy, couplée avec le processus
de libéralisation, favorise en effet une dynamique d'absorption
technologique et de réformes structurelles.
De
ce point de vue, 1'UE devrait contribuer, conformément à ses engagements
supra, à accélérer le transfert de technologie - l'acquisition de
savoir-faire dans le domaine des techniques, de l'organisation de
la combinaison productive et de la maîtrise des circuits de distribution
contribue de façon décisive à la croissance économique - et assumer
une sorte de Co-responsabilité, notamment au moyen des flux d'investissement
direct, dans le processus de renforcement de la compétitivité structurelle
des entreprises méditerranéennes.
De
plus, les PSM tireraient avantage des programmes d'harmonisation
des normes techniques aux critères européens et des nouvelles règles
de concurrence inter-méditerranéenne. Autant de facteurs susceptibles
d'impulser une croissance auto-entretenue dans ces pays (effet catalyseur)
ii-
Cependant, la période de transition comportera des contraintes et
aleas multiples.
Ainsi
le tissu industriel de la plupart des PSM, ou prédominant les petites
et moyennes entreprises, sera affecté de façon préoccupante.
Les
activités, anciennement protégées, devront s' adapter à la nouvelle
concurrence, ce qui ne manquera pas de provoquer des retombées "négatives",
notamment en matière d'emploi. On estime ainsi pour le cas de la
Tunisie que:
-
Un tiers au moins des entreprises manufacturières risque la disparition
par liquidation (pour la plupart) ou la "récupération"
par fusion (pour un petit nombre)
- L'autre
tiers sera gravement "fragilisé" en l'absence d'une restructuration
profonde en matière d'équilibres financiers (problemes de surendettement),
d'organisation générale et de gestion et de maitrise technologique
(normes de qualité, capital humain, adaptation aux innovations...)
Pour
la plupart des PSM la mise à niveau des entreprises manufacturières,
consequente à la mise en place de la ZLE, et notamment l'exigence
d'intensification des investissements technologiques (renouvellement
du materiel, savoir-faire) est d'autant plus pressante que les phénomènes
d' obsolescence affectent la plupart des activités industrielles
et que les couts d'ajustement de la main-d'oeuvre ont un impact
social très important.
Par
ailleurs ces accords ne manqueront pas d'induire des moins values
fiscales découlant du démantèlement des droits d'importation,
qui représentent une part sensible du total des recettes fiscales
(pres du 1/5 en Tunisie par exemple), d'où l'obligation d'envisager
différentes alternatives de "compensation" bien contraignantes
(mise en oeuvre de taxes compensatoires, réduction des incitations
fiscales, contraction de certaines dépenses publiques,...).
Des
tensions spécifiques pourraient aussi apparaître au niveau de l'équilibre
extérieur (en particulier le solde courant) par suite de la hausse
prévisible des importations de biens de consommation, en substitution
à certains produits locaux; ceci alors que le régime des exportations
de la plupart des produits industriels des PSM, hormis quelques
restrictions (textile par exemple), ne subira pas de modification.
Au
total les gains de productivité escomptés de la mise en oeuvre de
la ZLE ne seraient perceptibles qu'après une période de maturation
assez longue rendue nécessaire eu égard aux exigences de restructuration
du système productif susmentionnées.
III
- RESTRUCTURATION ET CO-DEVELOPPEMENT DURABLE:
i-
Eu égard aux contraintes ci-dessus présentées, il est nécessaire,
pour les PSM, d'engager un programme de réforme des structures de
l'appareil productif, et en particulier du tissu industriel, afin
de mobiliser des avantages comparatifs permettant, à terme, de tirer
profit de l'insertion dans ce nouvel espace économique.
Ce
programme comporte:
- D'une
part, des actions d'appui aux entreprises: renforcement des moyens
d'encadrement, de formation professionnelle, d'organisation, d'innovation,
d'information, de communication...
- D'autre
part, des actions d'aménagement de l'environnement économique: développement
du capital humain, intégration du tissu industriel, amélioration
des infrastructures (réseaux de transport et de communication),...
Autant
de facteurs émetteurs d'éxternalités positives de croissance pour
les entreprises.
Ainsi,
pour le cas de la Tunisie, ce programme dit de Mise à Niveau, qui
vise à accroître la compétitivité des entreprises tunisiennes au
moyen d'actions de renouvellement des équipements et de renforcement
des "réseaux technologiques", doit s'étendre sur 10 ans.
Il implique pour sa première phase de 5 ans (1996-2000) un cout
estimé à $2.5Milliards;cette enveloppe financière exige certes la
mobilisation de ressources budgétaires "intérieures" mais
requiert aussi un concours actif de l'UE et des autres partenaires
extérieurs (BIRD principalement).
Il
ressort ainsi qu'une intégration "positive" au nouvel
espace euro-méditerranéen est justifiable, du coté de l'UE, d'un
soutien financier et technique intense.
I1
s'agit là d'une obligation de réciprocité dans les prestations à
la charge des parties contractantes et donc d'une responsabilité
découlant de l'adhésion au principe de Co-Développement.
Cependant,
la pratique actuelle est loin de donner un contenu concret aux objectifs
de solidarité interméditerranéenne proclamée; cela en dépit de multiples
avantages et incitations établies par les PSM.
A cet
égard, en considérant, d'une part les besoins de restructuration
et d'autre part, les coûts attachés aux différentes contraintes
ci-dessus exposées, on ne manque pas de noter que le paquet financier
proposé par 1'UE pour l'ensemble de la région méditerranéenne, au
cours de la période 1995-99, et qui s'élève à environ $6 Milliards,
reste bien modeste au moment ou les apports bilatéraux de capital
connaissent une tendance à la compression.
De
plus, en dépit d' un système d' incitations attractives, les IDE
de 1'UE dans les PSM restent bien limités (7% des investissements
totaux en Tunisie en 1994)
La
réticence des opérateurs privés de 1'UE pour s'engager dans un processus
significatif d'investissement direct dans les PSM est d'autant plus
préoccupante qu'elle traduit un phénomène de détournement voire
un refus d'engagement à long terme dans une entreprise de co-développement
durable.
De
ce point de vue, il convient de relever que la conclusion d'accords
de libre-échange avec l'UE tout en maintenant, pour chacun des PSM,
le même niveau d'entraves (protectionnisme) au commerce intra-régional
pourrait générer un "effet de moveu et de rayons" (The
hub and spoke phenomenon)
En
effet, ces accords pourraient jouer en faveur d'un afflux des IDE
dans l'UE plutôt que dans les PSM puisque les investisseurs, qui
auraient été intéressés d'apporter leurs capitaux dans l'un des
PSM pour bénéficier de l'accès au marché intérieur de ce pays, seront
davantage incités à s'installer dans l'UE (moyeu) ce qui leur permettra
d'accéder aux marchés de la totalité des PSM (rayons).
Ainsi,
est - il nécessaire de "résorber" cet "effet de moyeu
et de rayons" en favorisant la mise en place d'une ZLE intra-régionale
(horizontale) par lélimination des obstacles au commerce
entre les PSM et l'intensification des actions de partenariat entre
les opérateurs de ces pays.
II
faut dire que la reussite de cette demarche reste tributaire des
possibilités effectives de dépassement des aléas politiques et dharmonisation
des politiques macro-économiques.
ii-
Sur la base de ce qui précède, il ressort que les accords régissant
ce nouvel espace induisent bien certaines attentes positives, mais
ils comportent aussi des risques multiples.
Entre
une localisation excessive sur les contraintes et l'anticipation
"sans nuance" d'un surcroît de croissance suite à l'établissement
d'une ZLE, il y a lieu de centrer le débat, sur les changements
qui sous-tendent une dynamique de progrès irréversible.
Cette
demarche ne saurait aboutir sans:
- Une
attention soutenue au respect des grands principes macro-économiques.
On
notera à cet égard de facon particulière que la persistence de fortes
pressions inflationnistes- les taux d'inflation dans les PSM sont
sensiblement supérieurs à la moyenne des pays de 1'UE- et/ ou le
prolongement des périodes de surévaluation du taux de change réel
témoignent de la faible maîtrise des équilibres sus-mentionnés,
exerçant ainsi un effet de freinage sur l'afflux des IDE; l'élasticité
de ces derniers étant, par ailleurs, conditionnée par l'état des
infrastructures d'accueil, les qualifications de la main d'oeuvre,
le degré d'efficience administrative (couts de transaction),.
- La
mise en oeuvre de procédures d'allègement effectif des servitudes
de l'endettement extérieur, reconnues par la Déclaration de Barcelone,
et entretenues en partie par la persistence des déficits courants
très lourds (outre les risques d'aggravation sur le court terme)
au détriment de la Rive Sud de la Méditerranée.
En
tout état de cause, l'alourdissement du service de la dette peut
hypothéquer les chances de restructuration "à temps" des
systèmes productifs des PSM.
- La
mise en place de programmes spécifiques de protection sociale (compensation
de pertes d'emplois, aide à la mobilité professionnelle, recyclage...)
pour les groupes socio-économiques les plus vulnérables qui seraient
affectés par les restructurations qu'implique l'instauration de
la nouvelle ZLE.
En
définitive, on retiendra que les chances de la nouvelle stratégie
méditerranéenne restent tributaires de l'intensité (et de la rapidité)
des reformes de structures dans les PSM, de la portée effective
des engagements de l'UE pour le soutien de ces actions et des progres
de la coopération intrarégionale des PSM.
Tunis,
le 01/03/1997.
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